Signal d’alarme

Au commencement, il y a un texte d’ Hans Christian Handersen : la Bergère et le Ramoneur. Au commencement, il y a aussi Paul Grimault, un réalisateur d’animation de haut vol. Au commencement il y a enfin Jacques Prévert, célèbre Poète. De ce trio incongru viendra, en 1953, un film nommé, tout comme le conte, La Bergère et le Ramoneur. Impressionnant techniquement, mais jugé inabouti par Grimault et Prévert du fait de la pression des producteurs, ils rachetèrent les rushs de ce dernier des années plus tard afin d’en livrer une nouvelle version plus aboutie.
Alors, le roi et l’oiseau, c’est quoi ?

Dans un monde totalitaire artistiquement magnifique, un roi tyrannique mène la vie dure à quiconque lui est hostile. Dans ce monde, les tableaux de son appartement royal prennent vie des qu’il ferme les yeux et on réalise qu’un ramoneur de cheminées et une bergère espèrent filer le parfait amour bien loin de cette pièce exigu. Tout ne se passe bien sûr pas comme prévu et nos deux tourtereaux doivent s’enfuir du château poursuivi par un roi bien décidé à épouser la bergère. Dans ce périple, ils seront aidés par un oiseau à la fois anarchique et paternaliste envers ces deux jeunes gens qui, au sens littéral du terme, découvrent le monde.

D’un point de vue technique, le film est toujours aussi spectaculaire en proposant des animations somptueuses couplées à des décors fascinant : entre un château invraisemblable, un sous seul miteux et castrateur, un robot géant terrifiant et des grandes plaines vide, le voyage et le dépaysement sont au rendez vous. D’ailleurs, le ( à l’époque) jeune Miyazaki, réalisateur de Princesse Mononoké, se décida à faire le métier d’animateur en voyant la puissance visuel du long-métrage… C’est dire si c’est beau.

Si le film parlera donc vraiment à de nombreux enfants, il ne délaisse pour autant pas les adultes en livrant un message social toujours d’actualité. De la lutte des classes avec le mariage forcé entre un roi et une bergère en passant par une révolte populaire amenée par la culture et déclenchant la chute d’une tyrannie, autant de thèmes « sensibles » exposé avec une sensibilité rare.
La musique n’est pas en reste puisque Wojciech Kilar livre une partition d’anthologie bien qu’hétéroclite qui remplace tout bavardage inutile. Ici, la narration est visuelle, musicale et non verbale. Il suffit de regarder une des scènes finale du film avec l’action rédemptrice d’un automate géant pour s’en convaincre et lâcher une petite larmichette.

Au final, on assiste, tantôt hilare, tantôt bouleversé à un chef d’œuvre libertaire et poétique, chef d’œuvre qui résonne assez étrangement comme un signal d’alarme lorsque, de ma fenêtre, je vois des uniformes sortir des matraques contre tout et n’importe qui. OISEAU OISEAU OISEAU…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s