Rêve évéillé

Rarement film aura autant cristalliser les passions que celui-ci, entre les fans hardcore et des critiques assassines, personne n’a réussi à rester neutre face à la déferlante Batman v Superman ( sauf les quelques milliards de personnes qui n’ont pas vu le film, mais passons). De ce fait, je vais tenter de donner un avis positif mais mesuré du film en sachant très bien que ce périlleux exercice me gratifiera sans doute d’une tête de cheval dans mon plumard.

Pour commencer remontons à l’origine du projet. En l’an de grâce 2013, ce brave Zack Snyder ( où le réalisateur le plus détesté de la toile) se point au Comic Con de San Diego et annonce que son prochain film sera une adaptation du sublime comics The Dark knight Returns de Franck Miller. Les optimistes se réjouissent de l’adaptation d’un des meilleurs comics de Batman tandis que les pessimistes se gaussent devant l’ampleur de la tache. Ces derniers auront finalement raison puisque Zacky reviendra sur ses propos quelques mois plus tard, la faute à Man of Steel ( et à la volonté de DC/Warner de lier les films pour concurrencer Disney/Marvel).
Le projet gardera néanmoins les sequels de cette gestation en conservant l’affrontement entre la chauve souris et le boy scout.Si l’écriture a donc été un joli foutoir, la réalisation ne fut pas en reste puisque le film fut tourné en trois fois.

Ceci étant fait intéressons-nous au plus important, le film en lui-même. Tout commence par un bref résumé pour réintroduire le personnage de Batman et déjà, on tique. En effet, l’assassin des parents du petit Bruce Wayne est basané, et il n’y a aucune justification pour cela. Entre tentative artistique ou racisme ordinaire, mon cœur balance plutôt vers la deuxième option. On continue ensuite avec une scène d’attentat vu à échelle humaine, scène assez bluffante d’un point de vue technique, et même artistique. Les péripéties s’enchaînent avec tour à tour la présentation du méchant ( Lex Luthor) puis celle des membres de la future Justice League et de Wonder Woman puis vient enfin l’affrontement tant attendu avant un retournement de situation franchement foiré. Signalons, sans spoiler aucun, que la fin est au moins un peu couillue avec en fond un vibrant Amazing Grace.

Au final, il faut bien l’avouer le film est une catastrophe d’écriture. Les dialogues sont risibles, mais surtout le scénario semble combiner plusieurs lignes directrices au point que le film ressemble plus à un patchwork qu’à un projet abouti. Les personnages sont quant à eux assez mal exploite ( Superman est encore plus lisse que dans Man of Steel).mais le vrai problème reste que Batman est un putain de fasciste. Si le film à le bon goût de ne pas glorifier ses actes barbares, voir ce brave batou marquer ses victimes au fer rouge laisse quand même un sale goût en bouche. De plus, le film se doit d’introduire tout les films suivant de DC et se vautre lamentablement, faute de temps, avec une introduction de la ligue des justiciers est à pleurer ( de rire).

Le constat semble rude et pourtant, j’aime ce film. Tout d’abord, Snyder sait manier une caméra en proposant des plans léché et une esthétique qui frôle le too much sans jamais franchir la ligne. La bonne idée de film est de proposer des séquences de rêve qui permettent de sortir du côté très froid et urbain de Gotham : que ce soit dans une scène de désert halluciné ou dans une vision horrifique de pierre tombale, Snyder s’affranchit du sérieux induit par la licence et tente des choses.
De plus, toutes les scènes d’actions sont assez majestueuses, bien que trop pollué par des CGI, mais surtout les acteurs sont réellement convaincants. Que ce soit Affleck en Batou , Calvill en Superman ou même Eisenberg en Luthor, tous tente des choses et s’en sortent honorablement.Il faut aussi l’avouer, Snyder est un dieu en métaphore christique ( jeu de mot assez minable, j’en conviens) et dépasse le stade de personnage pour transformer Batman et surtout Superman en icônes intemporels le temps de quelques plans rappelant le meilleur des peintures religieuses.
Le film se révèle même passionnant à analyser dans le sens où il semble complétement défiguré par son montage. On passe donc deux heures et demi à se recréer un autre film, en imaginant ce qu’il aurait pu être, en fantasmant une version longue qui sera sans doute plus décevante que celle imaginée, en essayant de combler le vide laissé par le montage, bref, on se fait un film dans le film.

Au final Batman v Superman est un film malade, un doux rêve irréalisable qui a quand même le bon goût de laisser ses spectateurs rêver alors qu’il les ramènes constamment vers une affreuse réalité : un rêve éveillé.

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