Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout !

Dans un jeu vidéo, comme dans l’art de manière générale, il y a le fond et la forme et s’il est aujourd’hui acquis que la forme fait vendre des jeux par palettes ( Combien d’Uncharted se sont vendu juste pour les graphismes ? Beaucoup… Trop selon certains) le fond reste en générale bien creux et rare sont les jeux à vouloir faire de l’histoire et des valeurs un argument majeur. Si sur un Call of Duty, aussi acceptable soit-il, le gameplay et les sensations sont là, le scénario est, au mieux, ridicule au pire gênant tandis que les valeurs diffusés sont gerbante au possible ( glorification de la guerre, légitimation de la torture, américanisme primaire, etc).

Ce pauvre « Kalof », fusillé pour l’exemple du fait de sa notoriété est malheureusement loin d’être un cas isolé, et même si l’avènement du jeu indé a quelque peu changé la donne, le jeu militant reste encore minoritaire.
Pourtant en 1997, une anomalie dans le jeu de plateforme fait irruption, Oddworld : l’Odyssée d’Abe. Difficile à croire tant le genre était peu brillant d’un point de vue scénaristique et pourtant…

Tout vient de l’impulsion d’un homme : Lorne Lanning. Il crée en 1994 Oddworld Inhabitants et projete déjà de réaliser plusieurs jeux se déroulant dans un univers commun et ayant une forte portée écologique et politique. Après 3 années de développement L’Odyssée d’Abe arrive enfin sur les étals et alors qu’un tintement reconnaissable entre milles retentit affublé d’un logo Sony, l’aventure commence. Vous jouez Abe, un des nombreux balayeurs de l’usine RuptureFarms, heureux de ses nombreux titres d’employés du mois qui va pourtant vite déchanter lorsqu’il réalisera que le plan de sa chère entreprise est de tuer tout ceux de son espèce afin d’en faire un aliment peu chère et relancer les ventes. Abe prend alors la fuite et vous devrez, tel un Spartacus des temps modernes, l’aider dans sa tache tout en sauvant un maximum de vos confrères.

D’un point de vue technique, le jeu est encore aujourd’hui une bonne réussite grâce à des décors somptueux et dépaysants, des animations fabuleuses, des cinématiques prenantes et un travail sur le son assez remarquable.
Pour autant la ballade ne sera pas une partie de plaisir, la faute à des checkpoints assez mal disposé et une difficulté assez corsé. Voir en boucle la mort de votre héros, aussi bien animé soit ce funeste destin, en rebutera donc plus d’un et ce n’est pas un gameplay aujourd’hui un peu rigide ( notamment sur ses sauts millimétrés) qui viendra les prendre par la main.

Pour autant le jeu conserve encore de bonnes idées de jouabilité, comme un système de dialogue plutôt malin ou des énigmes sympathiques, et reste agréable à prendre en main et surtout très immédiat.

Si tout cela fait de l’Odyssée d’Abe, un bon jeu, c’est bien par les idées véhiculés qu’il s’impose comme un incontournable. Si le jeu fait un plaidoyer écologique plutôt classique, il se démarque avec un portrait sans concession de l’entreprise et du capitalisme. En effet, le vil capitaliste à gros cigare parvient non seulement à garder ses employés/esclaves grâce à des titres aussi honorifiques que vain ( meilleur employé de l’année), mais à les transformer en produit sans qu’eux-mêmes ne le réalisent. Autant divulguer un secret qui ne l’est plus depuis longtemps : l’odyssée d’Abe est un jeu anticapitaliste voir Marxiste. Un gigantesque doit d’honneur levé vers la finance et les exploitants tandis que vous, vous dirigerez l’exploité, la petite lueur d’humanité qui reste au milieu d’automatismes en tous genre, une humanité qui transformera la fin du jeu.

L’odyssée d’Abe est donc politique, mais n’oublie pas d’être avant tout un jeu, et un sacrement bon qui plus est : le fruit d’une partouze entre Brazil, Karl Marx et Mario… Une bien belle partouze.

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